← Tous les articles

Article

Endométriose, GLP-1 et métabolisme : et si une partie de la maladie se jouait aussi dans la façon dont nos cellules utilisent l’énergie ?

Pourquoi les recherches sur les traitements GLP-1, le glucose, les lipides et l’insuline ouvrent de nouvelles pistes pour comprendre l’endométriose.

Julien Naturopathe - Le Mans14 octobre 202625 min de lecture

Analyse scientifique Evoscience, octobre 2026

L’endométriose est une maladie que l’on décrit volontiers à travers ses dimensions hormonales et inflammatoires. On parle d’œstrogènes, de résistance à la progestérone, de lésions, d’adhérences, de douleurs chroniques et de fertilité. À juste titre : ces mécanismes occupent une place essentielle dans sa physiopathologie.

Mais un autre champ de recherche prend progressivement de l’importance : celui du métabolisme cellulaire.

Car pour survivre, se multiplier, communiquer avec les tissus voisins ou entretenir une réaction inflammatoire, une cellule a besoin d’énergie. Et la manière dont elle produit cette énergie n’est ni fixe ni universelle.

Certaines recherches montrent aujourd’hui que des cellules impliquées dans l’endométriose modifient profondément leur utilisation du glucose, leur activité mitochondriale et leur métabolisme lipidique. Ces transformations pourraient participer à la persistance des lésions et à certaines perturbations reproductives.

Parallèlement, des observations récentes concernant les médicaments agissant sur le récepteur du GLP-1, notamment le sémaglutide, soulèvent une question inattendue : pourquoi certaines femmes atteintes d’endométriose rapportent-elles une amélioration de leurs symptômes sous ces traitements ?

Ces deux champs de recherche semblent éloignés. Pourtant, leur rapprochement mérite d’être exploré.

Non pour annoncer un nouveau traitement miracle, ni pour réduire l’endométriose à un trouble de la glycémie, mais pour interroger une hypothèse plus large : l’endométriose pourrait-elle, chez certaines femmes et dans certains tissus, s’accompagner d’une reprogrammation métabolique dont les perturbations de la signalisation insulinique constitueraient l’une des composantes ?

Pour comprendre ce que cette hypothèse a de pertinent, et ce qu’elle ne permet pas encore d’affirmer, il faut commencer par examiner les données scientifiques.

1. Les traitements GLP-1 : un signal clinique qui intrigue

Le GLP-1, ou glucagon-like peptide-1, est une hormone principalement libérée par l’intestin en réponse à l’arrivée de nutriments.

Parmi ses fonctions, elle contribue à réguler la glycémie en stimulant la sécrétion d’insuline lorsque le glucose sanguin augmente, en limitant la sécrétion de glucagon dans certaines conditions et en ralentissant la vidange gastrique. Elle participe également à la régulation de l’appétit.

Les médicaments appelés agonistes du récepteur GLP-1 reproduisent certaines de ses actions, avec des effets pharmacologiques prolongés. Ils sont notamment utilisés dans la prise en charge du diabète de type 2 et de l’obésité, selon les indications propres à chaque spécialité.

Mais leurs effets ne semblent pas se limiter au contrôle glycémique et pondéral.

Plusieurs travaux leur attribuent également des propriétés immunomodulatrices et anti-inflammatoires, qui suscitent un intérêt dans différentes maladies chroniques.

Que montrent les premières observations dans l’endométriose ?

En février 2026, Gholiof et ses collaborateurs ont diffusé une enquête internationale portant sur 161 personnes ayant une endométriose confirmée ou suspectée et ayant utilisé un traitement agissant sur le GLP-1 [1].

Dans cet échantillon, 64,6 % rapportaient une modification d’au moins un symptôme après le début du traitement.

Les améliorations déclarées concernaient notamment les ballonnements, les douleurs lombaires, les douleurs pelviennes et les symptômes menstruels. Certaines participantes rapportaient également le retour de symptômes après l’arrêt du médicament.

En juillet 2026, une seconde enquête internationale, baptisée GLEAM, a étudié 227 répondantes atteintes d’endométriose ou d’adénomyose ayant utilisé ces traitements [2].

Cette fois, 63 % remplissaient le critère principal d’amélioration défini par les chercheurs.

Un résultat particulièrement intéressant concernait la perte de poids : l’amélioration déclarée ne semblait pas augmenter proportionnellement au poids perdu. Certaines participantes rapportaient même une amélioration malgré une perte pondérale faible.

Cela pourrait suggérer que les effets ressentis ne passent pas exclusivement par l’amaigrissement.

Mais attention à ce que ces résultats démontrent réellement.

Ces deux travaux sont des prépublications, qui n’avaient pas encore bénéficié d’une validation complète par les pairs au moment de cette analyse.

Surtout, ils reposent sur des questionnaires rétrospectifs, sans groupe témoin non traité, sans répartition aléatoire et sans mesure objective de l’évolution des lésions.

Autrement dit, les participantes décrivent ce qu’elles ont ressenti après avoir commencé un traitement. Les chercheurs ne peuvent pas déterminer avec certitude quelle part de l’amélioration provient du médicament lui-même.

Les personnes ayant vécu une expérience marquante, positive ou négative, peuvent être plus enclines à répondre. Les souvenirs des symptômes antérieurs peuvent manquer de précision. Les changements alimentaires, les autres traitements et les fluctuations naturelles de la maladie peuvent aussi intervenir.

Dans GLEAM, le sous-groupe réunissant un IMC initial normal et une perte pondérale inférieure à 5 % ne comprenait que 14 personnes. Il est donc trop petit pour établir un effet indépendant du poids.

Ce que nous pouvons retenir : ces enquêtes ne prouvent ni l’efficacité des agonistes GLP-1 sur l’endométriose ni une régression des lésions. En revanche, elles font émerger un signal clinique suffisamment intéressant pour justifier des essais contrôlés.

Et surtout, elles invitent à chercher des mécanismes biologiques plausibles.

2. Comment les agonistes du GLP-1 pourraient-ils influencer les symptômes ?

Plusieurs mécanismes peuvent être envisagés. Aucun n’a, à ce jour, été démontré comme responsable d’une amélioration de l’endométriose chez la femme.

Schéma 1

Quatre pistes pour expliquer les symptômes rapportés

Agoniste du récepteur GLP-1
Piste 01InflammationDiminution de la CRP sous sémaglutide.Essais randomisés, hors endométriose [3]
Piste 02GLP-1 péritonéalConcentration plus faible dans le liquide péritonéal en cas d’endométriose.Association, causalité inconnue [5]
Piste 03DouleurEffets possibles sur certaines réponses neuro-inflammatoires.Données expérimentales, extrapolation [4]
Piste 04Fibrose et digestionIntérêt antifibrotique théorique ; action propre sur la vidange gastrique.Non établi dans l’endométriose
Pistes mécanistiques envisagées. Aucune n’a, à ce jour, été démontrée comme responsable d’une amélioration de l’endométriose chez la femme.

Une modulation de l’inflammation

En 2024, une méta-analyse regroupant 13 essais randomisés et plus de 26 000 participants a observé une diminution de la protéine C-réactive (CRP), un marqueur sanguin d’inflammation, sous sémaglutide [3].

La force de ce résultat réside dans l’utilisation d’essais comparatifs randomisés. Cependant, l’hétérogénéité statistique était importante et les populations étudiées n’étaient pas spécifiquement atteintes d’endométriose.

D’autres travaux suggèrent que certains effets anti-inflammatoires pourraient ne pas être entièrement expliqués par la perte de poids [4].

C’est pertinent pour l’endométriose, où les cellules immunitaires, notamment les macrophages, participent à l’environnement inflammatoire des lésions.

Cependant, une diminution de l’inflammation générale ne garantit pas une modification de l’inflammation péritonéale, ni une amélioration des lésions.

Un lien direct avec le GLP-1 péritonéal ?

Une étude publiée en 2022 par Krasnyi et ses collaborateurs a examiné le liquide péritonéal de 54 femmes atteintes d’endométriose et de 30 femmes opérées pour un fibrome utérin [5].

Les chercheurs ont retrouvé une concentration de GLP-1 significativement plus faible dans le groupe endométriose, ainsi qu’une modification de certains marqueurs présents sur les macrophages péritonéaux, notamment une augmentation de CD10.

Pourquoi cette observation est-elle intéressante ?

Le péritoine est la membrane qui tapisse la cavité abdominale et recouvre une partie des organes. Son liquide contient de nombreuses molécules impliquées dans la communication entre les tissus et le système immunitaire.

Observer une différence locale de GLP-1 suggère donc qu’une voie biologique liée à cette hormone pourrait participer à l’environnement péritonéal.

Mais l’étude ne permet pas d’établir si cette diminution est une cause de l’endométriose, une conséquence de l’inflammation ou un phénomène associé.

Elle ne démontre pas non plus qu’administrer un agoniste GLP-1 corrige cette différence. Le profil d’expression des récepteurs étudiés sur les macrophages ne suffit pas à établir une action directe du traitement sur ces cellules.

Une action possible sur la douleur

Les douleurs de l’endométriose ne dépendent pas uniquement de la présence des lésions.

L’inflammation locale, les interactions entre les nerfs et les cellules immunitaires ainsi que la sensibilisation du système nerveux peuvent contribuer à leur persistance.

Des travaux expérimentaux sur les voies GLP-1 suggèrent des effets possibles sur certaines réponses neuro-inflammatoires [4].

On peut donc envisager qu’une modulation de ces voies influence la perception douloureuse, indépendamment d’une disparition des lésions.

Cela reste une extrapolation : les résultats obtenus dans d’autres maladies ou dans des modèles animaux ne constituent pas une démonstration clinique dans l’endométriose.

Fibrose et symptômes digestifs : deux autres pistes

L’endométriose profonde s’accompagne fréquemment de processus de remodelage tissulaire et de fibrose, auxquels participe notamment le TGF-β.

Certaines propriétés antifibrotiques attribuées aux voies GLP-1 dans d’autres organes pourraient présenter un intérêt théorique, mais leur efficacité sur la fibrose endométriosique n’est pas établie.

Concernant les symptômes digestifs, l’interprétation est tout aussi délicate.

Les traitements GLP-1 modifient la motricité digestive et la vidange gastrique. Ils peuvent donc modifier les sensations abdominales sans agir directement sur les lésions d’endométriose.

Ils peuvent d’ailleurs provoquer eux-mêmes des nausées, une constipation, des vomissements ou des douleurs abdominales.

Plusieurs mécanismes pourraient ainsi contribuer à une modification des symptômes. Mais aucun de ces effets, pris isolément, n’identifie la cause de la maladie.

Une autre question mérite alors d’être posée : pourquoi s’intéresser particulièrement au métabolisme et à la signalisation insulinique ?

3. L’endométriose n’est pas seulement une maladie hormonale : ses cellules adaptent leur métabolisme

Chaque cellule dispose de plusieurs voies pour produire de l’énergie.

Le glucose peut être dégradé par la glycolyse, une succession de réactions aboutissant notamment à la production de pyruvate.

Ce pyruvate peut ensuite rejoindre les mitochondries, où il participe à des réactions permettant une production importante d’ATP, la principale molécule énergétique des cellules.

Il peut aussi être transformé en lactate.

Contrairement à une idée répandue, produire du lactate ne signifie pas nécessairement manquer d’oxygène. Certaines cellules privilégient une glycolyse importante même lorsqu’elles disposent d’oxygène.

Ce phénomène est parfois appelé effet Warburg, en référence aux observations historiques réalisées sur certaines cellules cancéreuses.

Il ne signifie évidemment pas que l’endométriose est un cancer.

Il décrit simplement une manière particulière d’organiser le métabolisme, notamment dans des cellules qui prolifèrent ou s’adaptent à un environnement contraignant.

Le péritoine : une modification documentée de l’utilisation du glucose

Des travaux dirigés par Andrew Horne ont apporté des observations particulièrement intéressantes [6].

En étudiant des cellules mésothéliales péritonéales prélevées chez des femmes atteintes d’endométriose, les chercheurs ont identifié :

  • une activité glycolytique plus importante ;
  • une respiration mitochondriale liée à la production d’ATP moins élevée ;
  • une activité réduite de la pyruvate déshydrogénase (PDH), enzyme qui relie le métabolisme du pyruvate à celui des mitochondries ;
  • une production accrue de lactate.

Dans les expériences cellulaires, le TGF-β1, impliqué dans l’inflammation et la fibrose, accentuait certaines de ces anomalies.

Les chercheurs ont ensuite utilisé du dichloroacétate, une molécule capable d’influencer l’activité de la PDH.

En laboratoire, cette intervention a permis de corriger plusieurs paramètres métaboliques et de limiter la prolifération de cellules stromales dans un modèle de coculture.

Dans un modèle murin, elle a également diminué la concentration péritonéale de lactate et la taille des lésions.

Schéma 2

Le devenir du glucose dans la cellule

GlucoseSubstrat
Glycolyse↑Activité observée
PyruvateCarrefour
Voie mitochondriale
PDH↓Activité réduite · cible du dichloroacétate
Mitochondries↓Respiration liée à l’ATP
Voie du lactate
Lactate↑Production accrue
↑ Plus élevé↓ Moins élevéque chez les témoins
D’après les mesures de Horne et al. sur des cellules mésothéliales péritonéales de femmes atteintes d’endométriose [6]. En laboratoire et chez la souris, le dichloroacétate, qui agit sur la PDH, a corrigé plusieurs de ces paramètres. Une production de lactate ne signifie pas nécessairement un manque d’oxygène.

Ces résultats sont intéressants parce qu’ils reposent sur des mesures fonctionnelles du métabolisme, et pas uniquement sur l’expression de quelques gènes.

Ils comportent néanmoins des limites importantes : petits effectifs humains pour certaines analyses, expériences sur des cellules isolées et recours à un modèle animal.

Ils ne prouvent pas qu’un traitement métabolique améliore les douleurs ou la fertilité chez les femmes atteintes d’endométriose.

Ce travail apporte cependant un élément fondamental : modifier le fonctionnement métabolique d’un tissu pourrait influencer l’environnement favorable au développement des lésions.

Le métabolisme ne serait donc pas nécessairement un simple témoin de la maladie. Il pourrait participer à certains de ses mécanismes d’entretien.

Le lactate : davantage qu’un déchet métabolique

Longtemps présenté comme un sous-produit dont l’organisme devait se débarrasser, le lactate est aujourd’hui reconnu comme une molécule pouvant être réutilisée énergétiquement et participer à des mécanismes de signalisation.

Dans certains contextes expérimentaux, il peut influencer l’inflammation, l’angiogenèse (la formation de nouveaux vaisseaux) et le comportement des cellules environnantes.

Dans l’endométriose, son accumulation locale pourrait donc contribuer à modifier le microenvironnement péritonéal.

Mais il faut distinguer cette augmentation locale de lactate d’une hausse de la lactatémie sanguine.

Une production accrue par certaines cellules ne signifie pas que toutes les femmes atteintes d’endométriose présentent une perturbation mesurable du lactate circulant.

De même, elle ne signifie pas que le glucose alimentaire constitue nécessairement le facteur qui entretient les lésions.

4. Toutes les cellules endométriosiques ne produisent pas leur énergie de la même manière

C’est probablement l’un des points les plus importants des recherches récentes.

En 2024, Sarsenova et ses collaborateurs ont étudié, à l’échelle de cellules individuelles, les différences métaboliques entre des lésions endométriosiques et l’endomètre situé normalement dans l’utérus chez les mêmes femmes [7].

Cette approche est intéressante : elle permet d’éviter de considérer une lésion entière comme un tissu homogène.

Les chercheurs ont identifié des modifications particulièrement marquées dans les cellules stromales, périvasculaires et endothéliales.

Plusieurs voies métaboliques étaient concernées : glycolyse, phosphorylation oxydative, métabolisme des acides gras, glutathion et signalisation liée à l’hypoxie.

Mais un résultat mérite une attention particulière.

Certaines cellules présentaient simultanément des signatures d’activation du métabolisme glycolytique et du métabolisme oxydatif.

Autrement dit, l’endométriose ne se résume pas à un passage systématique des mitochondries vers la glycolyse.

Selon le type cellulaire et son environnement, plusieurs sources énergétiques peuvent être mobilisées en parallèle.

Cette observation nuance le modèle initial de l’effet Warburg.

Elle rappelle également qu’une augmentation de l’expression des gènes d’une voie métabolique ne prouve pas automatiquement une augmentation réelle du flux énergétique correspondant.

Pour établir comment une cellule utilise effectivement ses substrats, il faut idéalement associer les analyses moléculaires à des mesures fonctionnelles : consommation d’oxygène, utilisation du glucose, production de lactate ou encore traçage isotopique des nutriments.

Les techniques récentes permettent donc de dessiner une carte métabolique de plus en plus précise de l’endométriose, mais cette carte reste incomplète.

5. Les modifications métaboliques dépassent-elles les lésions ?

Une difficulté majeure consiste à savoir si l’endométriose est uniquement associée à des perturbations locales ou si elle s’accompagne également d’adaptations dans d’autres tissus.

Plusieurs études apportent des éléments en faveur de cette seconde possibilité.

Les cellules de la granulosa : un lien potentiel avec la fertilité

Les cellules de la granulosa entourent l’ovocyte à l’intérieur du follicule ovarien.

Elles jouent un rôle fondamental dans son développement en contribuant à son environnement hormonal et métabolique.

En 2022, Mao et ses collaborateurs ont étudié ces cellules chez des femmes infertiles présentant ou non une endométriose [8].

Les chercheurs ont constaté une consommation accrue de glucose et une production plus importante de lactate dans les cellules du groupe endométriose.

L’expression de plusieurs protéines et enzymes impliquées dans la glycolyse, notamment GLUT1, PFKM, PGK1 et LDHA, était également augmentée, tandis que celle de la citrate synthase était diminuée.

Ces résultats suggèrent une réorganisation de l’utilisation du glucose et de certaines fonctions mitochondriales.

Les auteurs ont notamment étudié la prohibitine 1 (PHB1), une protéine associée au fonctionnement mitochondrial, et proposé qu’elle puisse participer à une réponse compensatrice face à un déséquilibre énergétique.

Il faut toutefois éviter une conclusion excessive.

Une activité glycolytique élevée ne prouve pas, à elle seule, que les cellules manquent d’énergie ou qu’elles sont devenues résistantes à l’insuline.

Et les résultats obtenus sur des cellules de femmes engagées dans un parcours de fertilité ne sont pas automatiquement généralisables à toutes les femmes atteintes d’endométriose.

Néanmoins, cette étude montre que les modifications métaboliques observées dans l’endométriose peuvent concerner des cellules ovariennes qui ne constituent pas directement les lésions.

Cela pourrait contribuer à expliquer certaines perturbations de l’environnement ovocytaire, même si le lien causal avec la fertilité demeure à établir.

Le tissu adipeux : une inflammation qui ne dépend pas uniquement de la quantité de graisse

Le tissu adipeux n’est pas un simple réservoir d’énergie.

Il produit des hormones et des molécules de signalisation, participe à l’immunité et interagit avec le métabolisme de nombreux organes.

En 2024, Abobeleira et ses collaborateurs ont comparé le tissu adipeux de 32 femmes atteintes d’endométriose à celui de 14 femmes opérées pour des fibromes [9].

Ils ont identifié, dans le tissu adipeux viscéral, une augmentation de marqueurs associés à l’inflammation et au brunissement du tissu adipeux, notamment UCP1 et PGC-1α.

Le brunissement correspond à l’acquisition de certaines caractéristiques métaboliques associées aux adipocytes bruns, capables de dissiper une partie de l’énergie sous forme de chaleur.

Ces observations suggèrent que l’endométriose pourrait être associée à une transformation de l’activité du tissu adipeux, et pas uniquement à une modification de sa quantité.

Mais ces résultats ne permettent pas de déterminer si l’inflammation liée à la maladie provoque ces changements ou si des caractéristiques préexistantes du tissu adipeux participent à son développement.

Les auteurs ont également utilisé des femmes ayant des fibromes comme groupe témoin. Ce choix peut introduire des différences biologiques indépendantes de l’endométriose.

Il serait donc prématuré de conclure que toutes les femmes atteintes d’endométriose présentent une augmentation de leur dépense énergétique ou une anomalie globale de leur métabolisme adipeux.

Les macrophages : quand le métabolisme rencontre l’immunité

Les macrophages sont des cellules immunitaires capables d’adopter des fonctions très différentes.

Certains participent à la réponse inflammatoire, d’autres au nettoyage des débris cellulaires, à la réparation tissulaire ou au remodelage de la matrice extracellulaire.

Leur fonctionnement dépend en partie de leurs voies métaboliques.

Des travaux récents ont identifié, dans l’environnement endométriosique, plusieurs populations de macrophages présentant des caractéristiques différentes, notamment des signatures liées au métabolisme lipidique, à la fibrose ou à la résolution de l’inflammation [10].

Cela ouvre une perspective importante : les conséquences d’une modification métabolique pourraient dépendre de la population cellulaire concernée.

Augmenter ou diminuer globalement la glycolyse n’aurait donc pas nécessairement les mêmes effets sur une cellule stromale, une cellule immunitaire ou une cellule ovarienne.

Il faut également se méfier des classifications trop simples opposant macrophages « inflammatoires » et macrophages « réparateurs ».

Dans les tissus vivants, leurs fonctions se chevauchent et évoluent selon les signaux reçus.

Ce n’est pas seulement la quantité de glucose ou de lipides disponible qui importe, mais la façon dont chaque cellule les utilise et les transforme en signaux biologiques.

Et le foie ou les muscles ?

Le foie et le muscle squelettique occupent une place majeure dans la régulation de la glycémie et de la sensibilité à l’insuline.

Le foie participe notamment à la production et au stockage du glucose. Le muscle constitue un tissu important pour son utilisation après les repas.

Ces organes sont donc essentiels lorsqu’on étudie une éventuelle insulinorésistance systémique.

Cependant, les preuves directes d’une perturbation spécifique de leur réponse à l’insuline chez les femmes atteintes d’endométriose restent insuffisantes.

On ne peut pas déduire une insulinorésistance musculaire ou hépatique à partir d’une anomalie glycolytique observée dans le péritoine.

Cette distinction est fondamentale : une adaptation métabolique locale n’est pas synonyme d’un trouble métabolique généralisé.

Schéma 3

Où des adaptations métaboliques ont été décrites

01
PéritoineGlycolyse et lactate plus élevés, activité de la PDH réduite.Mesures fonctionnelles, modèle animal [6]
02
LésionsSignatures glycolytiques et oxydatives simultanées dans certaines cellules.Expression génique, cellule unique [7]
03
Cellules de la granulosaConsommation de glucose et production de lactate accrues.Femmes infertiles [8]
04
Tissu adipeux viscéralMarqueurs d’inflammation et de brunissement (UCP1, PGC-1α).Témoins opérées de fibromes [9]
05
MacrophagesPlusieurs populations : métabolisme lipidique, fibrose, résolution.Analyse cellule unique [10]
06
Foie et musclesRôle majeur dans la sensibilité à l’insuline, mais peu étudiés ici.Preuves directes insuffisantes
Une adaptation métabolique locale n’est pas synonyme d’un trouble métabolique généralisé. Le type de données indiqué rappelle que ces observations n’ont pas toutes la même portée.

6. Existe-t-il plusieurs profils métaboliques selon le type d’endométriose ?

On distingue habituellement trois grandes formes anatomiques d’endométriose :

  • l’endométriose péritonéale superficielle ;
  • l’endométriose ovarienne, notamment sous forme d’endométriomes ;
  • l’endométriose profonde, pouvant atteindre différents tissus ou organes.

Ces formes peuvent coexister chez une même femme.

Leur localisation et leurs caractéristiques anatomiques ne suffisent d’ailleurs pas à prédire l’intensité de la douleur.

Mais présentent-elles également des caractéristiques métaboliques différentes ?

Des signatures différentes dans le sang

Une étude pilote publiée en 2020 a analysé le profil métabolique sanguin de 46 femmes présentant une endométriose douloureuse et de 21 femmes sans lésion macroscopique observée lors de la chirurgie [11].

Par rapport aux témoins, les femmes atteintes d’endométriose présentaient des concentrations plus faibles de plusieurs acides aminés et des concentrations plus élevées d’acides gras libres et de corps cétoniques.

Les profils différaient également selon le phénotype étudié.

Les endométriomes étaient notamment associés à des concentrations plus élevées de certains corps cétoniques, tandis que les formes profondes présentaient davantage de différences concernant les lipides et les acides gras libres.

Cela suggère que les phénotypes anatomiques pourraient s’accompagner de signatures métaboliques distinctes.

Mais il s’agit d’un petit échantillon. Les concentrations sanguines constituent des indicateurs indirects, sensibles notamment à l’alimentation récente, au jeûne, à l’état hormonal et à de nombreux autres facteurs.

Une concentration élevée de corps cétoniques ne prouve donc pas que les lésions ovariennes utilisent davantage ces molécules comme carburant.

Des différences retrouvées dans le liquide folliculaire

Une seconde étude, également publiée en 2020, a étudié le liquide folliculaire de femmes présentant une endométriose profonde, associée ou non à un endométriome [12].

Les chercheurs ont observé différentes modifications concernant le glucose, le lactate, le pyruvate, les lipides et les corps cétoniques.

Certains profils étaient compatibles avec des changements dans l’équilibre entre glycolyse et métabolisme des acides gras.

Ces résultats renforcent l’idée que l’environnement ovarien peut refléter des adaptations métaboliques variables selon le phénotype d’endométriose.

Une étude multi-omique publiée en 2025 a également identifié des particularités du métabolisme lipidique dans les cellules d’endométriomes ovariens [13].

Son intérêt réside notamment dans la localisation spatiale des signaux métaboliques au sein des tissus.

Mais son analyse initiale cellule par cellule ne reposait que sur trois endométriomes et trois échantillons de cortex ovarien témoin. Le nombre très important de cellules analysées ne doit donc pas être confondu avec le nombre de patientes indépendantes.

Ce faisceau d’observations suggère que l’endométriose ne possède probablement pas une signature métabolique unique.

Il pourrait exister des particularités propres aux lésions, aux tissus et aux phénotypes cliniques.

À ce stade, nous ne disposons cependant pas d’une classification métabolique validée permettant de déterminer quel profil répondrait à quel traitement.

7. Résistance à l’insuline et endométriose : une hypothèse pertinente, mais encore incomplète

Nous arrivons ici au cœur de la question.

La résistance à l’insuline correspond à une diminution de la réponse de certains tissus aux effets de cette hormone.

Dans de nombreuses situations, le pancréas peut compenser en sécrétant davantage d’insuline afin de maintenir une glycémie normale.

Ainsi, une glycémie normale n’exclut pas nécessairement une diminution de sensibilité à l’insuline.

Mais l’inverse est tout aussi important : une modification de la glycémie, de l’insulinémie ou du métabolisme cellulaire ne suffit pas à diagnostiquer une insulinorésistance.

Des concentrations d’insuline légèrement supérieures

En 2023, Chen et ses collaborateurs ont publié une étude rétrospective portant sur 412 femmes infertiles atteintes d’endométriose et 1 551 témoins suivis en assistance médicale à la procréation [14].

L’insulinémie était statistiquement plus élevée dans le groupe endométriose : une médiane de 6,90 µUI/mL contre 6,50 µUI/mL.

La différence est donc réelle sur le plan statistique, mais faible en valeur absolue.

Surtout, les chercheurs n’ont pas identifié de différence significative pour l’indice HOMA, un indicateur indirect de la résistance à l’insuline calculé à partir de la glycémie et de l’insulinémie à jeun.

Que peut-on conclure ?

Que cette population présentait une différence modeste d’insulinémie, sans preuve convaincante d’une insulinorésistance systémique plus importante selon cet indicateur.

L’étude présente aussi plusieurs limites : sélection de femmes infertiles, conception rétrospective et risque de facteurs confondants.

Cela n’exclut pas des anomalies spécifiques de la signalisation insulinique dans certains tissus. Mais cela ne permet pas non plus de les affirmer.

La génétique apporte un indice supplémentaire

En 2024, Xin et ses collaborateurs ont utilisé une méthode appelée randomisation mendélienne pour étudier les relations possibles entre plusieurs caractéristiques glycémiques et l’endométriose [15].

Cette approche exploite certaines variations génétiques associées à une exposition biologique, par exemple l’insulinémie à jeun.

Elle peut aider à explorer des relations causales en réduisant certains biais fréquents dans les études observationnelles.

Les auteurs ont identifié un signal en faveur d’une association entre l’insulinémie à jeun génétiquement prédite et le risque d’endométriose.

Dans leur analyse multivariable, l’odds ratio était de 2,18, avec un intervalle de confiance de 1,16 à 4,09.

Cependant, l’interprétation demande de la prudence.

Après correction pour les comparaisons multiples, la valeur q était de 0,0547 : elle respectait le seuil de 10 % choisi par les auteurs pour contrôler le taux de fausses découvertes, mais pas un seuil plus strict de 5 %.

De plus, les résultats reposent sur plusieurs hypothèses concernant les instruments génétiques. La méthode ne garantit pas automatiquement la causalité si ces hypothèses ne sont pas respectées.

Enfin, ce résultat ne signifie pas qu’une augmentation clinique donnée d’insuline multiplierait directement par 2,18 le risque d’endométriose. L’effet concerne l’exposition génétiquement prédite et l’échelle statistique utilisée.

Cette étude fournit donc un argument en faveur d’une piste biologique, et non une démonstration définitive.

Une grande étude de 2026 renforce l’intérêt de la question

En août 2026, l’étude ARCHES, publiée dans Diabetologia, a apporté un éclairage épidémiologique supplémentaire [16].

Les chercheurs ont étudié une cohorte de près de 2,94 millions de personnes, dont environ 100 000 avaient reçu un diagnostic d’endométriose.

Après ajustement pour plusieurs facteurs, l’endométriose était associée à un risque plus élevé de diagnostic ultérieur de diabète de type 2.

Le rapport de risques ajusté était de 1,46, soit une augmentation relative de 46 %.

Les associations variaient selon les sous-types enregistrés dans les données médicales et selon certaines caractéristiques, notamment le statut ménopausique et l’IMC.

La taille de cette cohorte est un atout considérable.

Mais il faut comprendre ce que signifie réellement ce résultat.

Un rapport de risques de 1,46 ne signifie pas que 46 % des femmes atteintes d’endométriose développeront un diabète.

Il ne démontre pas non plus que l’endométriose provoque une résistance à l’insuline.

Les diagnostics reposaient sur des données médico-administratives, avec des possibilités d’erreurs de classification. La fréquence des consultations, les traitements, le mode de vie et d’autres caractéristiques non mesurées peuvent également influencer les résultats.

Les catégories anatomiques utilisées pour les analyses ne constituent pas une classification métabolique validée.

Malgré ces limites, l’étude renforce l’intérêt d’examiner la santé métabolique à long terme des femmes atteintes d’endométriose.

Et si certaines anomalies étaient propres aux tissus ?

L’hypothèse la plus intéressante n’est peut-être pas celle d’une insulinorésistance systémique universelle.

Elle serait plutôt celle d’une hétérogénéité de la réponse métabolique et, potentiellement, de la signalisation insulinique entre les tissus.

Dans une même personne, le foie, les muscles, le tissu adipeux, les ovaires et certaines cellules endométriosiques pourraient théoriquement présenter des réponses différentes.

Certaines voies pourraient être altérées dans un tissu alors qu’elles resteraient fonctionnelles dans un autre.

C’est biologiquement plausible, car la réponse à l’insuline dépend du type cellulaire et des voies de signalisation qu’il utilise.

Mais il existe une distinction essentielle : la glycolyse élevée observée dans certaines cellules endométriosiques ne démontre pas une résistance à l’insuline.

Par exemple, GLUT1, retrouvé dans plusieurs études, permet le transport du glucose sans dépendre directement de l’action de l’insuline de la même façon que GLUT4 dans le muscle ou le tissu adipeux.

Une cellule peut donc consommer beaucoup de glucose sans présenter une sensibilité accrue à l’insuline.

Inversement, une altération de certaines voies de signalisation insulinique peut coexister avec le maintien d’autres fonctions cellulaires.

Pour établir l’existence d’une véritable insulinorésistance locale dans l’endométriose, il faudrait mesurer directement la réponse des cellules à l’insuline, et pas seulement leur consommation de glucose ou leur expression enzymatique.

C’est précisément l’un des travaux qui restent à accomplir.

8. Une hypothèse intégrative : inflammation, énergie et signalisation métabolique

Que se passe-t-il lorsque nous rapprochons ces différentes observations ?

Nous savons que les lésions endométriosiques interagissent avec un environnement inflammatoire, hormonal, immunitaire et nerveux complexe.

Nous disposons également de preuves expérimentales montrant que certaines cellules du péritoine ou de l’environnement ovarien présentent des adaptations métaboliques.

D’autres études suggèrent que les profils lipidiques et énergétiques peuvent varier selon les tissus et les phénotypes.

Enfin, des données épidémiologiques et génétiques invitent à examiner plus attentivement les relations entre l’endométriose et le métabolisme glucidique.

Une hypothèse cohérente serait alors d’envisager un ensemble d’interactions réciproques.

L’inflammation et l’hypoxie locale peuvent modifier le fonctionnement mitochondrial et l’utilisation des substrats énergétiques.

Ces changements peuvent à leur tour influencer la production de molécules de signalisation, l’activité immunitaire et le comportement des cellules.

Dans certains contextes métaboliques, la signalisation insulinique pourrait également participer à ces interactions.

Schéma 4

Des interactions réciproques

Signalisationinsulinique ?CERTAINS CONTEXTESInflammationET HYPOXIE LOCALEMitochondriesSUBSTRATS ÉNERGÉTIQUESSignalisationIMMUNITÉ, CELLULES
Hypothèse de travail, pas mécanisme démontré. Les agonistes GLP-1 pourraient théoriquement interférer avec plusieurs de ces processus, mais on ne sait pas lequel, s’il en existe un, explique les améliorations rapportées.

Les médicaments agissant sur le GLP-1 pourraient théoriquement interférer avec plusieurs de ces processus : régulation métabolique systémique, inflammation, communication entre organes ou signalisation neuro-immune.

Mais nous ne savons pas aujourd’hui lequel de ces mécanismes, s’il en existe un, explique les améliorations rapportées par certaines patientes.

Il serait notamment erroné de considérer que l’effet potentiel d’un agoniste GLP-1 constitue une preuve d’insulinorésistance.

Ces médicaments ne fonctionnent pas simplement en faisant baisser l’insuline. Ils peuvent au contraire stimuler sa sécrétion de manière glucose-dépendante.

Leur action pharmacologique est donc plus complexe qu’une réduction de l’insulinémie.

L’intérêt de cette hypothèse réside dans sa capacité à relier des observations biologiques distinctes, pas dans sa capacité actuelle à prédire une réponse thérapeutique.

9. Quelles conséquences pour la nutrition ?

Une question se pose naturellement : si certaines cellules endométriosiques utilisent davantage le glucose, faut-il modifier les proportions de glucides et de lipides dans l’alimentation ?

Le raisonnement paraît intuitif. Il est pourtant insuffisant.

Une cellule qui augmente sa glycolyse ne dépend pas nécessairement directement de la quantité de glucides consommée.

L’organisme régule étroitement la glycémie et dispose de mécanismes permettant de produire du glucose lorsque les apports alimentaires diminuent.

À l’inverse, une alimentation plus riche en glucides ne provoque pas automatiquement une augmentation du flux glycolytique dans toutes les cellules endométriosiques.

Le métabolisme dépend également des hormones, des transporteurs membranaires, des enzymes, de l’activité mitochondriale et des besoins propres aux tissus.

Concernant les lipides, leur rôle ne se limite pas à la production d’énergie. Ils participent aussi à la structure des membranes et à la synthèse de nombreuses molécules de signalisation.

Les observations métabolomiques suggérant une modification des corps cétoniques ou des acides gras ne permettent donc pas, à elles seules, de recommander une alimentation pauvre ou riche en lipides.

En particulier, nous ne disposons pas de preuves cliniques solides permettant d’affirmer qu’une alimentation apportant environ 80 % de l’énergie sous forme de glucides et 20 % sous forme de lipides améliorerait les symptômes ou ferait régresser les lésions d’endométriose.

Il serait tout aussi excessif d’affirmer qu’une alimentation très pauvre en glucides permettrait de « priver » les lésions de leur carburant.

La préférence métabolique d’une cellule ne se traduit pas mécaniquement en prescription nutritionnelle.

Pour progresser, il faudrait des études alimentaires contrôlées, caractérisant les participantes selon leurs phénotypes, leurs paramètres métaboliques et leurs symptômes, et évaluant des critères cliniques pertinents.

Une telle approche serait beaucoup plus informative que la simple comparaison de régimes désignés comme « anti-inflammatoires ».

10. Vers une médecine plus attentive aux phénotypes métaboliques ?

L’endométriose est une maladie hétérogène.

Deux femmes présentant des lésions anatomiquement comparables peuvent ressentir des symptômes très différents.

Inversement, des douleurs importantes peuvent exister malgré une atteinte anatomique limitée.

Cette diversité pourrait résulter de multiples mécanismes : inflammation, innervation, sensibilisation douloureuse, facteurs hormonaux, environnement immunitaire, localisation des lésions et caractéristiques individuelles.

Les adaptations métaboliques pourraient constituer un élément supplémentaire de cette hétérogénéité.

L’enjeu des prochaines années ne sera donc peut-être pas seulement de déterminer si « le métabolisme est perturbé dans l’endométriose ».

Il sera de comprendre quel métabolisme, dans quelles cellules, chez quelles patientes et avec quelles conséquences cliniques.

Plusieurs questions mériteraient ainsi d’être étudiées.

Existe-t-il des signatures métaboliques reproductibles selon les phénotypes anatomiques ? Certaines femmes présentent-elles une insulinorésistance systémique ou des modifications de signalisation insulinique locales associées à des caractéristiques particulières de leur maladie ?

Les adaptations du métabolisme des cellules de la granulosa participent-elles directement aux difficultés reproductives ?

Et surtout, peut-on modifier une voie métabolique ciblée sans compromettre le fonctionnement normal des autres tissus ?

Concernant les agonistes GLP-1, la prochaine étape serait de conduire des essais cliniques randomisés, avec des diagnostics bien caractérisés, une mesure prospective de la douleur, une évaluation des traitements concomitants et, lorsque cela est pertinent, une analyse de l’évolution des lésions.

Il faudrait également distinguer l’effet éventuel du médicament de celui de la perte de poids et étudier les différences de réponse selon les phénotypes.

À ce jour, ces traitements ne constituent pas des traitements validés de l’endométriose.

Leur utilisation comporte des risques et des contre-indications, avec des précautions particulières en cas de projet de grossesse. Pour le sémaglutide, l’information réglementaire prévoit notamment un arrêt au moins deux mois avant une grossesse programmée.

Les recommandations cliniques restent fondées sur les traitements et les prises en charge dont les bénéfices et les risques ont été suffisamment évalués [17].

La recherche métabolique doit donc être envisagée comme une perspective complémentaire, et non comme un motif pour abandonner les approches existantes.

Conclusion : comprendre l’endométriose au-delà de ses lésions

Pendant longtemps, les recherches sur l’endométriose se sont principalement organisées autour de ses lésions, de sa dépendance hormonale et de son environnement inflammatoire.

Ces dimensions restent fondamentales.

Mais les travaux sur la reprogrammation métabolique apportent une lecture supplémentaire : les cellules impliquées dans la maladie ne semblent pas toutes utiliser les mêmes ressources énergétiques, ni répondre de manière identique aux contraintes de leur environnement.

Certaines présentent une glycolyse plus importante. D’autres montrent des modifications du métabolisme mitochondrial ou lipidique. Et ces particularités pourraient varier selon les tissus et les phénotypes.

Les premières observations concernant les traitements GLP-1 s’inscrivent dans ce contexte.

Elles ne démontrent ni une action thérapeutique contre l’endométriose ni une origine insulinorésistante de la maladie. Elles suggèrent cependant qu’il serait pertinent d’explorer les interactions entre régulation métabolique, inflammation, signalisation hormonale et douleur.

L’hypothèse d’une résistance à l’insuline, systémique chez certaines femmes ou potentiellement spécifique de certains tissus, mérite d’être étudiée sans être érigée en explication universelle.

La nuance est essentielle : identifier une piste biologique n’équivaut pas à démontrer un mécanisme causal. Mais l’absence de démonstration définitive ne retire pas à cette piste son intérêt scientifique.

La recherche progresse souvent ainsi. Une observation en rencontre une autre, des résultats expérimentaux révèlent des mécanismes possibles, puis des études cliniques permettent de déterminer lesquels comptent réellement pour les patients.

Dans l’endométriose, comprendre comment les différents tissus produisent, utilisent et régulent leur énergie pourrait contribuer à construire une vision plus intégrative de la maladie.

Non plus seulement étudier où se trouvent les lésions, mais comprendre l’environnement biologique qui leur permet de persister, les réponses qu’elles provoquent et les raisons pour lesquelles leurs conséquences varient d’une femme à l’autre.

C’est une voie de recherche encore ouverte. Et c’est précisément ce qui la rend intéressante.

Références

Les références ci-dessous comprennent des études cliniques, épidémiologiques, expérimentales et des prépublications. Leur présence ne signifie pas que leurs résultats possèdent tous le même niveau de preuve.

  1. GLP-1 et endométriose
  2. [1]Gholiof M., Kalani N., Leonardi M. (2026). Effects of Glucagon-Like Peptide-1 Receptor Agonists (GLP-1RAs) on Endometriosis Symptoms Management and Quality of Life: An International Survey Study. Prépublication. DOI : 10.22541/au.177194722.27223197/v1.
  3. [2]Baudoin B., van Bakel L. (2026). Patient-reported endometriosis symptom change during GLP-1 receptor agonist use, and its relationship to weight loss: an international cross-sectional survey (GLEAM). Prépublication. DOI : 10.21203/rs.3.rs-10323555/v1.
  4. [3]Masson W. et al. (2024). Anti-inflammatory effect of semaglutide: updated systematic review and meta-analysis. Frontiers in Cardiovascular Medicine. DOI : 10.3389/fcvm.2024.1379189.
  5. [4]Antiinflammatory actions of glucagon-like peptide-1–based therapies beyond metabolic benefits. (2025). Article en accès libre, PubMed Central.
  6. [5]Krasnyi A. M. et al. (2022). The Levels of Ghrelin, Glucagon, Visfatin and GLP-1 Are Decreased in the Peritoneal Fluid of Women with Endometriosis along with the Increased Expression of the CD10 Protease by the Macrophages. International Journal of Molecular Sciences. DOI : 10.3390/ijms231810361.
  7. Reprogrammation métabolique des tissus
  8. [6]Horne A. W. et al. (2019). Repurposing dichloroacetate for the treatment of women with endometriosis. Proceedings of the National Academy of Sciences. DOI : 10.1073/pnas.1916144116.
  9. [7]Sarsenova M. et al. (2024). Endometriotic lesions exhibit distinct metabolic signature compared to paired eutopic endometrium at the single-cell level. Communications Biology. DOI : 10.1038/s42003-024-06713-5.
  10. [8]Mao J. et al. (2022). Elevated prohibitin 1 expression mitigates glucose metabolism defects in granulosa cells of infertile patients with endometriosis. Molecular Human Reproduction. DOI : 10.1093/molehr/gaac018.
  11. [9]Abobeleira M. et al. (2024). Evidence of Browning and Inflammation Features in Visceral Adipose Tissue of Women with Endometriosis. Archives of Medical Research. DOI : 10.1016/j.arcmed.2024.103064.
  12. [10]Single-cell analysis identifies distinct macrophage phenotypes associated with prodisease and proresolving functions in the endometriotic niche. (2024). PubMed : 39255000.
  13. Métabolisme et phénotypes d’endométriose
  14. [11]Endometriosis phenotypes are associated with specific serum metabolic profiles determined by proton-nuclear magnetic resonance. (2020). Reproductive BioMedicine Online. DOI : 10.1016/j.rbmo.2020.06.019.
  15. [12]The follicular fluid metabolome differs according to the endometriosis phenotype. (2020). Reproductive BioMedicine Online. DOI : 10.1016/j.rbmo.2020.09.002.
  16. [13]Single-cell and spatially resolved omics reveal transcriptional and metabolic signatures of ovarian endometriomas. (2025). Nature Communications. Article original.
  17. Insuline, glycémie et risques métaboliques
  18. [14]Chen J.-P. et al. (2023). Effects of dysregulated glucose metabolism on the occurrence and ART outcome of endometriosis. European Journal of Medical Research. DOI : 10.1186/s40001-023-01280-7.
  19. [15]Xin Q. et al. (2024). Causal effects of glycemic traits and endometriosis: a bidirectional and multivariate mendelian randomization study. Diabetology & Metabolic Syndrome. DOI : 10.1186/s13098-024-01311-1.
  20. [16]Fuzak Nunziato M. et al. (2026). Endometriosis subtypes and risk of type 2 diabetes: the Advancing Research on Cardiovascular Health and Endometriosis Study (ARCHES) retrospective cohort study. Diabetologia. DOI : 10.1007/s00125-026-06828-w. Une correction éditoriale a été publiée en septembre 2026 concernant un résultat du sous-groupe postménopausé.
  21. Recommandations cliniques
  22. [17]ESHRE Guideline Group (2022). ESHRE guideline: endometriosis. Human Reproduction Open. Article et recommandations.

Note éditoriale : cet article propose une synthèse critique de travaux scientifiques et une discussion d’hypothèses physiopathologiques. Il ne constitue ni une recommandation de prescription de médicaments GLP-1 dans l’endométriose, ni une recommandation de régime alimentaire particulier. Les résultats présentés doivent être interprétés à la lumière des caractéristiques des populations étudiées et des limites propres à chaque méthodologie.

Julien Fresnais naturopathe - Comprendre les mécanismes, questionner les hypothèses, respecter les preuves.

Une question sur votre situation ?

Un premier échange permet de clarifier votre demande et d’évaluer si un accompagnement en fertilité et santé reproductive est adapté à votre parcours.

Endométriose, GLP-1 et métabolisme : et si une partie de la maladie se jouait aussi dans la façon dont nos cellules utilisent l’énergie ? | Julien Fresnais, Naturopathe